Instagram et les photographes de demain

Les « Instagram photographers » se centuplent, cela sonne certes un peu creux, hipsters d’un jour adeptes des apps à filtres et de retouche, transformant illico le banal en cliché d’exception. Objet de discorde entre les dits « pros » récalcitrants et les jeunes pousses désinvoltes souvent munis de simples smarphones, Instagram prend aujourd’hui une ampleur telle qu’au passage il propulse certains de ses users vers le succès.

La photo est un art où la créativité rencontre l’instantané. Le réseau social l’a bien compris en plaçant au compte-gouttes la capture d’instant de vie au centre des intérêts d’une adulescence sans complexe. Véritable caverne d’Alibaba du pixel trafiqué, l’inutile et l’artistique y cohabitent, Instagram s’est même attiré les foudres de professionnels soulignant peut être par crainte de se faire doubler que cette mode allait pourrir la photographie.

Malgré tout l’effet inverse se produit. Un certain nombre se découvre une vocation, un talent caché, et même plus encore, une place dans le monde « trompe l’oeil » de la photographie, volant ainsi la vedette aux aficionados du genre. Pendant que d’autres, aux comptes boostés de followers, sont courtisés par des grandes enseignes. Entre Art, cellphone et culture du buzz. Trois destins croisés.

Jussi Ulkuniemi aka @skwii

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Issu de la vague de consommateurs précoces d’Instagram en 2010 , ce finnois de 22 ans étonne par une approche rusée de la perspective et une orchestration visuelle sans pareil de la lévitation.

Des paysages froid d’hiver et blocs grunge industriels de sa terre natale Oulu au métro New-yorkais en passant par des portraits bizarroïdes photomontés, Jessi Ulkuniemi joue la carte de l’éclectisme, n’omettant jamais de jeter un oeil dans son rétroviseur : « Instagram offrait une interaction avec d’autres photographes dans le vent, sans cela je ne n’aurai jamais étudié la photo et ne serais probablement jamais devenu professionnel ».

Son premier compagnon de route, l’iphone. Shooter pour lui se résume à « 90% de soudaineté et 10% de calculé. Tous les meilleurs clichés découlent d’une inspiration furtive. Des lumières scintillantes, de belles courbes. »

Teresa Freitas.

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Du René Magritte coule dans ses veines, Tereas Freitas, jeune photographe portugaise est l’archétype même de la réussite instagram. Inspirée par tout ce qui l’entoure et l’englobe, elle embarque dans un voyage tantôt océanique, tantôt stellaire installant réalité et surréalisme sur le même piédestal.

Des scènes imaginatives aux couleurs prononcées IG filtres. La technique fut maitrisée sur le tard aux beaux arts. Ici, l’artistique de haut calibre est orateur. Pourtant Teresa Freitas ne capture qu’avec son smartphone. La photographie mobile, c’est sa singularité alors elle l’a défend becs et ongles :

« Sa plus grande force est l’immédiateté et l’ubiquité, beaucoup d’instagrammers le confirmeront. Un smartphone est quelque chose qui nous suit dehors en toute occasion. On ne parle plus de photo traditionnelle mais d’un nouveau paradigme photographique du, c’est ce que je viens de voir, avec de fortes connotations et une capacité à partager cela dans le spectre de distance qui au final impacte l’image elle même et son sens. »

Immortaliser un sentiment, une interprétation individuelle et l’exhiber dans la foulée sur IG est une des raisons pour lesquelles elle a opté pour la photo mobile. La technique passant au second plan.

Qorz

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Graphiste pour la télévision , il se lance sur Instagram à l’aube de sa création. Sa vision très poétique de la nature, des villes, des voyages captive immédiatement. Une avalanche de followers s’abat sur celui qui était alors anti réseau social. Lorsque des noms du prêt à porter comme Etam et d’autres lui font les yeux doux, il accepte l’aventure… Qorz fait parti de ces photographes amateurs payer à prix d’or pour ses photos. «On m’a contacté pour me demander si je voulais voyager, où, et quand. J’étais très surpris, mais j’ai répondu. Quelques jours plus tard, j’étais dans un palace d’Istanbul», raconte le nouveau prisé.

Ancré dans la sphère en pleine explosion des instagrammers influents en France, il a carte blanche pour illustrer des évènements. Avec 175 000 followers, Qorz a déjà gagné des milliers d’euros pour ses opérations publicitaires et jouit surtout d’avantages en nature ( voyages, materiel). La vie est belle.

C’est indéniable, Instagram est THE plateforme de diffusion d’art, loin d’être sur la corde raide , car participant activement à l’avènement d’une photo 2.0 casseur de codes. Pas étonnant alors que les musées emboitent le pas. Ainsi la plus grande manifestation photographique de New York city « Photoville » en 2014 a vu Instagram tenir deux curations dans Central Park, dont les photos non familières de 70 instagrammers furent hébergées.

La renommée Ikon Gallery Outre Manche et son exhibition pop-up intitulé «Plus Birmingham Instagram Showcase», Marseille et son « expo instagram » ou encore le musé d’art de Columbus avec son   rassemblement « #mobilephotonow », mettent aussi en exergue la phonéographie et son ascension inébranlable. Instagram au Musé. Qui l’eut cru.

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