Benjamin Clementine : ascentionnel

Inutile de disserter encore sur sa voix.. Inclassable.. Toute en puissance et nuances. Inutile d’user d’analogies laudatives. Lui veut juste « toucher au coeur » sans surjouer. Benjamin Clémentine dévoile enfin son nouvel album. At Least for now.

Né dans une banlieue de Londres, moribonde, vorace où le hip- hop régnait d’une main de maitre, cet élégant élancé d’origine ghanéenne compris très jeune sa singularité… Lui, à la différence des autres, jouait du piano, foudroyé d’intérêt pour la sincérité de Léo Ferré ou la sensibilité d’ Aznavour. Arrive 2011, jour de raz le bol, ses études d’avocat l’horripilent, « Je pensais n’avoir aucun talent… Quitte à n’être rien, autant l’être ailleurs ! »

Benjamin Clementine prend alors ses cliques et ses claques, rallie Paris la ville de ses idoles, sans un centime. S’en suit deux ans de nuits sombres de solitude, sans toit ni lois, de jours consommės à chanter dans le mėtro, passage obligé dans la survie et espoir d’être vu ou reconnu. D’autres ont vécu ainsi avant qu’une porte ne s’ouvre, Kezia Jones. Alors pourquoi pas. Deux ans avant qu’ un producteur, Aysam Rahania n’ait la puce à l’oreille dans une rame de la ligne 2, « soufflé » par tant de puissance vocale, de maitrise absolue et d’expressionisme inusité, il l’extirpa alors de l’ombre. Puis…

Un EP en 2013 « Cornerstore », fulgurant et prometteur. Un hit le révélant « Condolence » et aujourd’hui des projecteurs qui se rebraquent de plus belle sur ce diamant de 26 ans pour la sortie de son premier album  » At Least For Now ». Entre Mérite et reconnaissance.

Panser les plaies du passé

Car Benjamin Clementine radie déjà les clichés du  » j’ai vécu dans la rue » par un talent de haut vol, puisant sa force dans un passé tumultueux, éparpillé sur son visage émacié. Car il le rabâche parfois pieds nus derrière son piano  » je veux raconter une histoire : la mienne. Comme si chanter/murmurer/râler ses douleurs avaient un effet remède réparateur, comme si extérioriser ses maux familiaux ou détresses amoureuses lui flanquait un sacré coup d’espoir au postėrieur. Comme si la noirceur de ses textes se nuançait une fois élancée en mélodie soul/blues/folk poétique intense. Car  » At least for now » colporte ces notions de battant cynique, de solitude à faire plier, de convenance pour panser les plaies du passé. L’espoir.

Yoko Ono, femme de John Lenon philosophait  » certains sont vieux à 18 ans, d’autres sont jeunes à 90 ans, le temps est un concept que l’homme créa ». Benjamin Clementine semble lui avoir couru plus d’une vie à seulement 26 ans. Le temps coulant dans les méandres de sa déréliction a conditionné son dilemme, au fond du gouffre comme il le confesse  » La mort n’était pas une option, la folie oui et pour en réchapper, je devais créer quelque chose ». At Least for now, il le créa et le produit seul avec ses tripes et l’appui de Jonathan Quarmby. C’est son portrait, sans prétention. La misère est pire ailleurs mais son histoire, il peut la conter, la partager à une France en souffrance qui comme lui s’agrippe à l’espoir. Par sa voix messagère du coeur, ce sentimental pudique reçoit ce qu’il mérite. De l’amour et une reconnaissance.

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