Traversée étrange des rues fantomatiques de Détroit avec Jennifer Garza-Cuen

Victime collatérale de la crise des subprimes, Détroit s’apparente aujourd’hui au décor de « I am Legend » avec Will Smith : Désertique et sans âme. Nièce de l’un des premiers architectes de la métropole américaine, Jennifer Garza-Cuen a documenté cette banqueroute persistante dans Wandering in place, une série de shots laissant songeur.

Autrefois capitale prospère de l’automobile, berceau de la techno et distributeur automatique de talents tels que Iggy Pop, Marvin Gaye ou Eminem… Detroit vit un véritable calvaire depuis une décennie. En fuite, sa population a pris ses jambes à son coup, la faute à une criminalité à son paroxysme et à un marché du travail écroulé brutalement comme un château de cartes. Stigmates de cette descente aux enfers? Son jardin reluisant hier de grand buildings, aujourd’hui auto-transformé en une jungle de béton en perdition.

Diplômée en histoire de l’art et cultures visuelles, la photographe Jennifer Garza-Cuen dresse le portrait d’une ville « officiellement » sortie de la faillite depuis 2014 mais qui tarde visiblement à retrouver sa resplendissance d’antan, au grand dam des riverains récalcitrants, dont le visage émacié se dévoile ici sans foi ni joie, malgré une politique prônée et prometteuse du « Do It Ourselves » autrement dit de la réappropriation de la production par des moyens simples afin de s’affranchir des industriels délocalisés.

Inspirée et mélancolique, la nièce de l’un des premiers ingénieurs-architectes de Detroit, relate ici son cheminement d’idées dissimulé en arrière plan de sa série :

« Je passais des hivers entiers avec mon oncle. Le froid glacial nous forçait à rester cloîtrer à l’intérieur, souvent je m’occupais pendant des jours, à errer dans les ruines du gratte ciel vieillot qu’il payait à restaurer. Parfois, nous nous promenions le long de la rivière et à travers les quartiers. Nous avons rencontré des étrangers dans les rues et derrière des portes déjà ouvertes, une ville imaginaire à la grandeur passée. Comme si j’étais née dans une maison de retraite… Mon expérience de la ville a toujours été lié à sa disparition éventuelle. »

Lorsque le bâtiment de son oncle, La Tour du livre, a été elle-même laissée à l’abandon en raison d’une contentieux avec la compagnie d’électricité, Jennifer s’est envolée illico en direction de Detroit pour un dernier hiver.

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