RIP MARY ELLEN MARK, flashback

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Une obsédée de la folie et des exclus, au look hippie glam, de la trempe des humanistes, un as de la photo documentaire ultra esthétique dans les milieux les plus dépouillés, au quotidien brutal. La photographe de génie américaine Mary Ellen Mark est décédée ce lundi 25 mai à New-York, âgée de 75 ans. Une âme en paix et des clichés en noir et blanc à jamais gravés. Des prostituées de Bombay aux kids des rues de Seattle : Retour sur les aventures les plus marquantes d’une carrière en or.

-« Il n’ y a rien de plus extraordinaire que la réalité. »- Dès la fin des années 60, la vingtaine bien entamée et une audace aussi vive que son caractère, elle tape à l’oeil des magazines Life, Vanity Fair ou Vogue. Son premier reportage choc en photo embarquée, Mary Ellen Mark le vivra à Londres dans un « vis ma vie de drogué » aux cotés de junkies. Un amas de portraits véridiques, sans once de honte perceptible ni artifices. Son style est alors tout trouvé : du noir et blanc, de l’empathie et une proximité intense avec ces marginaux dont elle est accro.

« Si je n’étais pas photographe, j’aurais voulu être docteur pour aider les gens et changer leur vie », c’est ce côté humaniste au boutisme qui la propulsa au rang de grande figure de la photographie de ces 40 dernières années. Sa dope : Tisser des liens d’amitié avec ses modèles aussi farfelues et égarés soient ils, l’en atteste son livre « Ward 81 » en 1979, une plongée en apnée dans un hôpital psychiatrique, immortalisant le quartier sécurisé des femmes… Plus tard elle y reviendra en speed pour prendre des news des patientes.

Les quartiers chaud lapin de Bombay

En Inde, au crépuscule des 70s, ce fut une autre paire de manche. Il lui a fallu des années afin de gagner la confiance du cercle fermé des prostitués de la rue la plus olé olé de Bombay, Falkland Road. Insulte et crachas sont devenus au fil du temps confessions et rires dans un café repère. En naîtra « Prostitutes of Bombay » publié en 1981. Dans cette série coupe souffle, le noir et blanc laisse place à des couleurs acides, témoignant d’un quotidien malsain accoudé à un fléau de taille, le sida…. L’Inde lui était taillée sur mesure, alors elle y reposera un pied en 1990, un laps de temps à documenter la vie des gens du spectacle « Indian Circus » (1993) : «Je veux atteindre et toucher quelque chose que je sens être au plus profond des hommes», confiait t-elle.

Streetwise, son chef d’oeuvre

Mais son plus grand fait d’arme, c’est en 1983 pour le magazine Life. Dans les rues de Seattle, elle photographie des gosses orphelins, fugueurs ou laissés pour compte, tentés par la drogue, vagabondant dans un paysage urbain, clope au bec, guns dans la ceinture. Mary Ellen Mark en fera un livre « Street Wise » et un film du même nom, produit par son mari Martin Bell, un focus sur les tribulations de Tiny Blackwell, pré ado de 13 ans et déjà prostitué dont la mère est alcoolique. Ce documentaire sera nommé l’année suivante aux Academy Awards.

Dans les 90s, Mary Ellen Mark changera par moment de fusil d’épaule, comme avec ses nombreux portraits de stars pour Rolling Stone ou le New York Times Magazine, de Leonardo Dicaprio à Johnny Deep. Anecdotique puisque l’Histoire de l’Art retiendra avant tout son don inné à déballer la réalité avec une justesse à toute épreuve, et sa manie à faire ressortir le plus étrange dans tout ceux vers lesquels son objectif s’est tourné. Pour la postérité.

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