10 ans dans les prisons les plus hard d’Amérique du Sud

Tendresse sous les verrous! Gang, violence, cocaïne, guet-apens, passage à tabac, surpopulation, le photo-journaliste italien Valerio Bispuri pouvait s’attendre à cela avant de s’aventurer pendant 10 ans au coeur des 74 prisons les plus dangereuses d’Amérique latine. Dans son livre Encerrados , il détaille la vie jour après jours des détenus, un voyage à risque nuancé d’instants plus soft ! Entre Tango, football et liberté perdue.

– Il a eu un couteau sous sa gorge, a été bombardé avec des sacs d’urine – Valerio Bispuri est un humaniste adepte des sensations fortes. Encerrados, c’est son « long » projet d’investigation. Armé d’un simple appareil photo, il décrit l’Amérique du Sud à travers les prisons, 74 exactement car elles sont « le reflet d’une culture », traduisant en langage plus brutal les illusions menottées aux espoirs d’un peuple.

De 2001 à 2011, son périple l’a amené en Argentine, au Brésil, en Colombie, au Venezuela, en Uruguay et au Pérou. En sont nées 100 photographies en noir et blanc à l’effet d’une bombe, soulignant avec finesse et poigne l’intimité et les conditions de vie sordide dans ces « forteresses » délabrées, aux portes de l’abandon.

Des anecdotes en profusion

Des femmes en pleine séance de tango, des enfants jouant à cache cache entre les cellules, des hommes canif à la ceinture mais ballon de foot au pied, Valerio Bispuri a souvent trébuché sur l’imprévu, assistant à des phases de rires et de relaxation comme si l’espoir prenait un instant le dessus. Parfois ce sont des relents d’humanité qui sont remontés à la surface.

Argentine, prison de Mendoza, pavillon 5. L’enfer sur terre à en croire les gardiens qui n’osent y pénétrer. A l’intérieur, 90 hommes considérés comme les plus dangereux du pays s’entassent. Pour y accéder, Valerio a du signé un papier le rendant responsable en cas de décès. Les jambes tremblantes, la porte se referma derrière lui, sa vie se jouait à un fil, c’était comme se jeter dans la gueule « des » loups. Pourtant contre toute attente, la horde de tueur sanguinaire fut interloqué par sa bravoure et sa curiosité, lui accordant une liberté totale afin de documenter le chaos dans lequel ils baignaient avec la promesse de révéler leur sort au grand jour. Ses photos ont fait scandale et le pavillon 5 a été fermé peu de temps plus tard.

Mais très souvent dans ces pénitenciers, la violence est sans égale. A Lurigancho à Lima au Pérou, « les détenus se battent en duel à l’épée ou plutôt à coup de gouttières pour régler leurs différends. » A Los Teques, à Caracas au Venezuela, « chaque prisonnier se trimbale avec un couteau ou une arme à feu », un jour certains lui ont concocté une seringue avec du sang contaminé, Valerio Bispuri pris alors la fuite. Bref, un mano à mano entre violence et vitalité, c’est un peu l’histoire de l’Amérique du Sud.

Encerrados, de Valerio Bispuri aux éditions Contrasto (2015)

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