Faire la teuf en Ouganda et plus si affinités avec Michele Sibiloni

Michele Sibiloni

 

Evasion équatoriale et alcoolisée dans la démence des nuits nocturnes de Kampala, capitale d’Ouganda, à travers l’oeil du photographe italien Michele Sibiloni.

Fuck it, le nom de son book tire son aspect franc et vulgaire d’un tatouage lorgnant sur la jambe droite d’une clubbeuse locale, représentant un phallus aussi ignoble de sens qu’affable visuellement. Au fil des pages Michele Sibiloni imprime son désir incandescent de capturer la fausse routine d’après couché de soleil des rues de Kampala. Sa rafale de clichés met ainsi en lumière des travailleurs de nuit, policiers, prostituées et toute une jeunesse addict d’ivresse en tout genre.

« Il y a un fort contraste entre le lieu de culte et conservateur qu’est l’Ouganda pendant la journée, et ce que les gens font la nuit. Kampala est une ville pleine de bars, restaurants et clubs. Les gens ingurgitent des quantités astronomiques d’alcool, cela fait partie de la culture locale. »

Les statistiques font tourner de l’oeil, l’Ouganda est en effet l’un des pays africains comptant le plus fort taux de consommation d’alcool. Lorsque la nuit tombe, le Waragi, une sorte de gin frelaté au goût de banane faisant passer toute liqueur imbuvable pour du petit laid, fait fureur. Les langues se démêlent ou s’entremêlent suivant les situations, tabous et limites s’effacent au rythme de pas de danse très physiques voire sexuels. À l’instar des soirées parisiennes, des pillules de l’amour se répandant comme un virus inévitable dans les clubs alors que des étrangers traquent leurs proies d’un soir dans un dernier effort de séduction, titubant alors sur les trottoirs de Kabalagala, comprendre ici le quartier rouge de la capitale ougandaise, là où maisons closes et lieux de paris stupides se juxtaposent. Mais ce qui l’a le plus impressionné au delà du dynamisme hors du commun de la vie nocturne, sont les Ascaris aka les gardiens des rues :

« Lors de ma première nuit à Kampala, je suis resté dans un hôtel au milieu du centre-ville, j’ai croisé alors beaucoup de ces gardes de nuit aux abords des banques et des magasins, dormant souvent avec leurs fusils sur le côté ou manipulant leurs vieilles armes, en état d’ivresse. »

Prenant son courage à deux mains, ce photographe de 35 ans a réussi à Immortaliser un Ascari tenant une flèche, sans se douter un instant de la possible réaction de ce dernier. Un exemple parmi tant d’autre, indéniable marqueur de la logique de Fuck It, c’est un dire un paquet de clichés pris sur le vif, imprévisibles, sans artifices ni jeu de shooting. Comme un témoignage de l’histoire courante de l’Ouganda qui sans doute prendra une toute autre valeur dans 50 ans tant la situation socio-politique dans beaucoup de pays africains, change à vitesse grand v.

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