La laideur en format beauté

La beauté, le beau, notion abstraite harnachée à la perception de plaisir des yeux qui diffère selon les époques. Des rondeurs de la Renaissance, le beau « naturel » en a perdu toute la cellulite au 21 ème siècle, répondant à des standards de minceur drastiques et une tolérance zėro défaut . L’industrie de la mode en chef de fil, la haute couture en dictateur des codes, l’anorexie en symbole d’excès  » les os c’ est cool, la graisse c’est laid ». Eclaircie dans ce paysage hautement grotesque depuis quelques années, les modèles « plus size » se décuplent et redonnent chaire et forme à la mode, affirmant la réalité féminine.

Les magazines de mode tels que Elle, S Mode,Vogue Italie s’alignent en proposant des couvertures tout en courbes! Certains mannequins comme Crystal Renn en sont le porte drapeau. Hier, en jachère taillée cintre, aujourd’hui ronde à la santé retrouvée, elle fait pencher la balance du coté des grandes tailles, déclarant « penser que la taille de référence ne devrait plus être le 32 mais le 40 ». Même son de cloche en 2011 pour Frockwriter, célèbre fashion blog sydneyite « On a besoin que la mode rattrape son retard en matière de tailles pour réaliser un magazine magnifique en matière de MODE. Si vous preniez un Vogue Italie classique et que vous essayiez d’en habiller les mannequins, bonne chance pour trouver leur taille en magasin. »

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Et la laideur? Et l’excentrisme? Et si le mannequinat de demain résidait dans le faciès Gainsbourien. Exit les codes de beauté . Rien est impossible à la vitesse où courent les tendances. Là où la beauté paralyse, le laid captive et propose une forme d’énergie alternative. Un nom l’a prouvé par le passé. Del Keens. L’homme qui a fait carrière dans la mode grâce à son physique anti-norme. Considéré comme le mannequin le plus hideux au monde, malgré ou grâce à ses dents de travers et ses oreilles paraboliques, il fut l’égérie de Calvin Klein et Levi’s, dans les années 90. A Berlin, il a fondé en 2012 Misfit Models, une agence loufoque qui accueille des mannequins au physique atypique, aux antipodes des formats actuels. Vendre du moche, du bizarre, du déviant, des visages particuliers à des agences de pub obnubilées par les canons de beauté à la plastique douteusement parfaite et autres apollons à la musculature antique, tel est le concept.

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 » Je cherche surtout des hommes qui ressemblent à des ouvriers du bâtiment, à des travailleurs, pas des jolis visages de la classe moyenne comme en ont généralement les mannequins et les acteurs « , martèle Del Keens.  » On veut des visages qui donnent le sentiment que les gens n’ont pas dormi depuis des lustres, des visages burinés et pas celui de quelqu’un qui se tartine de crème hydratante, des bonnes gueules anguleuses, des gens qui ont l’air en colère… » Il s’agit ici d’attiser le sourire par marginalité, plutôt que vendre du rêve illusoire. Cela fonctionne puisque Misfit models a dors et déjà signé des contrats avec Vodafone ou Sixt , deux groupes en quête d’atypique.

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Un concept datant d’hier

Pionnière en la matière, c’est l’agence Ugly models qui avait créé en premier la surprise outre Manche à l’aube des 90s avec son armada de têtes délurées, la découverte de Del Keens est d’ailleurs à mettre à son actif. La France aussi propose une version calquée sur cette idée du nom de Wanted. Nécessaire plus que ridicule quoique honnêtement inquisitrice du sourire au coin de l’oeil, l’émergence de ces agences prônant le laid qui bien que subjectif, est entrain de donner des idées à un monde de la mode ultra lissé. Car la mode c’est avant toute chose du décalé, de l’ordre de l’unique mais aucunement une peinture de la perfection photoshopée.

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